Un roman passionnant qui vous envoie directement dans le Sussex sans prendre l’ Eurostar.

La derniere conquete du major Pettigrew

La dernière conquête du major Pettigrew,

Helen Simonson, 2012

Éditions du Nil, 493 pages

21€50

Toutes mes pauses : le trajet quotidien aller et retour du métro, ma pause déjeuner…ont été mises a profit pour dévorer en cinq jours les 500 pages du roman La dernière conquête du major Pettigrew.

Cela fait quelques jours que j’ ai fini de lire ce livre et ses personnages hauts en couleur me manquent. Je me suis ensuite lancée dans la lecture du second roman d’ Helen Simonson mais sans grand enthousiasme pour l’ histoire, les personnages. J’ ai abandonné la lecture du livre Un été avant la guerre vers la centième page comme quelques lectrices d’ un club de lecture que je suis sur Facebook.

C est pourtant lors de la sortie en poche du livre L’ été avant la guerre que j’ ai découvert La dernière conquête du major Pettigrew grâce au blog littéraire My pretty books.

Et grande surprise, je les ai trouve l’ un à côté de l’ autre, dans les rayonnages de la bibliothèque Marguerite Duras, comme s’ ils m’ attendaient sagement, à mon retour de vacances. Merci aux bibliothèques de la ville de Paris pour l’ étendue de leur offre de livres passionnants, j’ en profite à fond depuis dix ans !

J’ ai bien aimé  que ces livres soient disponibles en grand format, je commence à me lasser du livre de poche. Les couvertures de ces deux livres édités par les éditions Nil sont très originales.

Résumé :

5357998d72149af81cdaa827f2ce550b--east-sussex-gapCette histoire trépidante se déroule dans une petite ville balnéaire du Sussex : Edgecomb Ste Mary, un village fictif avec des falaises (ce détail aura son importance plus tard).

Le major Ernest Pettigrew vient de perdre son frère Bertie et il défaille à l’idée de se rendre à cet enterrement en voiture. L’ épicière pakistanaise du village, Mme Ali, qui a le cœur sur la main viendra à son secours.

Cette entraide va donner naissance à une belle amitié. L’ un comme l’ autre connaissent des déceptions avec leurs familles : le fils du major, Roger est prêt à toutes les petites lâchetés envers son père pour faire carrière tandis que le neveu de Jasmina Ali la cantonne à son rôle de veuve. Il lorgne le titre de propriété de son commerce aidé par sa famille.

Un extrait :

… Ma chère Madame Ali, j’aurais peine à prétendre que vous soyez vieille. Vous êtes dans ce que j’appellerais la toute première fleur de l’âge de la maturité féminine. »
C’était un peu grandiloquent, mais il espérait surprendre un rougissement. Au lieu de quoi, elle rit de lui, aux éclats.
« Je n’ai jamais entendu personne se donner tant de mal pour appliquer, à la truelle, une telle couche de flatterie sur les rides et l’empâtement d’un âge mûr déjà très avancé, major, fit-elle. J’ai cinquante-huit ans et je pense avoir basculé bien au-delà de la fleur de l’âge. Tout ce que je puis espérer désormais, c’est de sécher dans un de ces bouquets de fleurs éternelles.
– Eh bien, j’ai dix ans de plus que vous, répliqua-t-il, j’en déduis que cela fait de moi un vrai fossile. » Page 94

Mon avis :

Helen Simonson est une fine observatrice de la société anglaise même si elle vit actuellement a New York. Elle a su écrire un roman d’ amour original, qui est loin d’ être mièvre tant il montre les traits d’ une Angleterre à la fois multiculturelle et traditionnelle, qui a ses rituels inaltérables comme l’heure du thé.

scones et thé

Mon personnage préféré est sans conteste le fils du major, Roger, un jeune Rastignac londonien qui va faire sortir le major de sa léthargie de retraité. Il concentre tous les défauts humains les plus énervants et parfois il sait aussi toucher son père par sa maladresse, son côté mal assuré qu’il essaye de masquer par un orgueil démesuré qui se retourne souvent contre lui.

J’ai aussi beaucoup apprécié le bagout de sa fiancée américaine Sandy qui est assez délurée mais qui témoignera au major beaucoup de respect et de tendresse…

Sussex-1-

 

Les 5 moments forts

du roman :

 

–  Le conflit familial autour des fusils de valeur : le jeu psychologique entre les trois personnages : la belle-soeur Marjorie, la nièce hargneuse et le major . Le narrateur omniscient  raconte les bons cotés et les petites bassesses du major avouées au lecteur…. Cela crée un lien précieux : le lecteur est de connivence avec le major.

–  L’ amitié privilégiée avec Mme Ali : quand le colon anglais remet en perspective la politique de son pays avec une enfant du pays colonisé. Ils se réconcilient autour de leur passion commune pour Kipling et tombent amoureux. Ce roman critique notre société qui stigmatise les seniors. A-t-on le droit de retomber amoureux, avoir une sexualité quand on est veuf et âgé ?. J’ai eu beaucoup de tendresse pour le major lors de la scène avec son amie Grace mais je refuse de vous en raconter plus au risque de spoiler l’intrigue de ce livre passionnant.

–  La vision de l’amour du père et celle de son fils à des années lumières l’une de l’autre.   Avec ses manières chevaleresques le major Pettigrew fait mouche avec la plupart des femmes de l’ histoire : Mme Ali, Amina, Sandy, Grace , Alice… alors que son fils enchaîne déconvenue sur déconvenue en étant calculateur et opportuniste : il considère les femmes comme des trophées d’un tableau de chasse. Les joutes entre le père et le fils sont savoureuses tout au long de l’ histoire et atteignent leur sommet quand le major excédé par la désinvolture de son fils abandonne son élégance verbale pour le traiter de « trou du cul ».

–  Le choc des cultures évident quand le major, Roger et Sandy se retrouvent à table avec le neveu de Mme Ali, un musulman traditionnel. Les répliques fusaient  tellement entre ces quatre personnages que j’ai eu l’impression de me retrouver dans un match de ping-pong dans ma lecture (ça c’est tout le talent d’un excellent écrivain). Le fossé culturel est infranchissable entre le jeune épicier paki de campagne et le jeune loup de la City. Leurs aînés ont su mettre de côté leurs différences culturelles, sociales pour lier amitié, les plus jeunes en sont incapables.

–  Le poids des traditions, le seul véritable obstacle à l’histoire d’amour du major et de Jasmina. Il y a des scènes de l’histoire très tendues, où l’on sent le poids de stéréotypes qui ont la peau dure : le racisme décomplexé des membres du club de golf, anglicans pratiquants, les traditions patriarcales qui rendent fou le jeune neveu et l’empêchent de vivre en harmonie avec Amina et leur enfant…

 

Ma note : 5/5 sardines

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J’ai lu ce roman la semaine de la célébration des 20 ans de la disparition de la princesse Diana. J’ai donc lu beaucoup d’ articles sur cette société anglaise aristocratique qui m’ intrigue, me navre parfois mais m’ amuse beaucoup aussi.731-1998-diana3

Nous avons beau être voisins, cette histoire de monarchie nous rend bien différents . J’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a fait connaître quelques détails du passé colonial de l’Angleterre : pourquoi il y a une importante communauté pakistanaise au Royaume-Uni, pourquoi des filles de la haute société portent des prénoms indiens comme Jemima, la nièce exécrable du major… Helen Simonson a réussi un portrait très attendrissant de l’Angleterre.

Nothing hill

L’ an dernier, la série Le diable vit à Nothing Hill m’ avait bien divertie à la plage avec le récit des bizarreries branchées des aristocrates londoniens mais c’ était de la littérature de poulettes très caricaturale et d’ une qualité littéraire assez médiocre.

Helen Simonson a réussi la prouesse d’ imaginer un premier roman drôle, touchant et passionnant, qui est devenu un phénomène de librairie. Il y a un projet d’adapter cette histoire sur grand écran. Je me réjouis à l’idée retrouver cette savoureuse galerie de personnages .

Roman d’ amour            Satire sociale         Traditions aristocratiques

                  Sussex                      Ville imaginaire                Racisme

Lutte des classes                                       Choc des cultures

                                             Angleterre                                       Colonialisme

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