Février rime avec BD : Udama chez ces gens-là

J’ai découvert les éditions La boite à bulles grâce à une émission de France Inter consacrée au roman graphique John Bost, un précurseur.

COUV_JOHN-BOST-e1488888620802Ensuite, j’ai eu la chance d’interviewer les deux auteurs du livre : Vincent Henry et Bruno Loth au salon du roman historique de Levallois-Perret (une chouette manifestation culturelle gratuite).

C’était un bon sujet et un bon souvenir éditorial : la première fois que j’étais citée dans une revue de presse. Depuis, ce formidable roman graphique a obtenu le prix de la BD chrétienne d’Angoulême 2017. Voici le lien vers cette chronique ici

La ligne éditoriale de la Boite à bulles me plait pour son traitement subtil des questions contemporaines avec psychologie et surtout du beau dessin. Ce sont mes trois critères principaux pour dévorer un roman graphique.

Udama chez ces gens-là – Zelba

La boite à bulles – 2017

104 pages – 20€

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Celui-ci, je l’ai lu d’une traite. Pendant mes études, j’ai été baby-sitter, j’ai fréquenté quelques fois les squares de l’Ouest parisien. Et j’entendais ces conversations de nounous immigrées qui se racontaient entre elles les tactiques de leurs employeuses pour ne pas les déclarer.

Le résumé : 

Udama est une superbe et jeune mère célibataire africaine. Sans diplôme et ayant une famille à nourrir au fin fond de la banlieue parisienne, elle accepte de se charger de toutes les tâches que sa patronne préfère payer que de faire…

Ce couple parisien sans espérance, habite dans un immeuble cossu du 16eme arrondissement avec des masques africains comme déco (ce n’était pas ma partie préférée de la lecture, l’ombre dérangeante de ces masques). Ils ont tout matériellement mais il leur manque la tendresse, l’entraide, l’amour…. et ainsi tout va dérailler dans cet appartement.

« Si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’une cymbale qui résonne «  1 Corinthiens 13.

Mon avis :

Cet album n’est pas un pamphlet qui dénonce l’exploitation des travailleurs pauvres par les bourgeois. Le titre de ce livre est très efficace : il dénonce le racisme à double sens. On se caricature réciproquement : les bourgeois n’ont pas de cœur : ils sont sans foi, ni loi,  la nounou africaine aura des drôles de coutumes dont elle va contaminer leur petite fille….

Mais la xénophobie, l’exploitation sociale n’est qu’une partie du sujet de ce roman graphique : il parle aussi de la souffrance d’un couple qui n’ arrive pas à se retrouver à la naissance de son enfant, la pression sociale et professionnelle sur les jeunes mères, le baby blues…

Personne n’est tout blanc dans cette histoire : ni Udama qui va trahir une autre nounou par nécessité, ni Hervé, le mari délaissé. Même Claire, la mère carriériste et dirigiste nous émeut.

« J’aurai jamais pensé que des femmes pouvaient en payer d’autres pour ne pas avoir à faire l’amour avec leur mari« .

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Copyright Zelba- La boite à bulles

 

Cette vie de dure labeur que mène Udama est la réalité de milliers de femmes qui font le ménage dans des hôtels dans des conditions inacceptables car elles n’ont pas le choix  elles font la toilette des personnes âgées dans les maisons de retraite ou à domicile. On leur confie l’intime, les tâches ingrates que d’autres ne voudraient pas faire tout en leur rappelant bien qu’elles sont tout en bas de l’ascenseur social.

Or, dans cette histoire, c’est le dominé qui devient dominant. Cette histoire finit bien pour tout le monde : chacun des personnages a eu assez d’intelligence pour garder la tête haute et faire les bons choix pour sauver son équilibre. Et sans vouloir vous spoiler la fin, le seul homme de l’histoire a évité de justesse l’étiquette misandre #Balance ton porc. 

Ma note :

5/5 sardines

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Je vais retenir le nom de Zelba, cette scénariste et dessinatrice d’origine allemande. Elle a signé un très beau roman graphique qui rend hommage à toutes ces femmes qui travaillent dur et subissent une pression sociale qu’elles soient cadres supérieures ou techniciennes de surface. La subtilité psychologique avec laquelle elle dessine les traits de ses personnages, m ‘incitent à surveiller ses prochains livres avec plaisir et curiosité !

 

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