Le prince à la petite tasse, tendre la main tout simplement.

J’ai découvert ce récit de vie à travers le portrait de son auteure, publié dans l’hebdomadaire protestant Réforme.

Le prince à la petite tasse

Emilie de Turckheim

Calmann Lévy, 2018

195 pages

17€

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Le résumé :

Il s’agit d’un journal publié chaque jour pendant neuf mois, où Emilie de Turckheim raconte comment avec son mari Fabrice et ses deux jeunes garçons : Noé et Marius, elle a accueilli Reza, un jeune migrant Afghan de 21 ans, dans son appartement parisien en 2017.

Il a quitté seul son pays en guerre à l’âge de douze ans, pour traverser  SOUS  un camion l’Europe afin de rejoindre la Norvège, terre d’accueil temporaire. Là bas, il a été baptisé protestant, sa mère afghane est une tadjik chrétienne dont il n’a plus de nouvelles depuis longtemps.

Son nom de baptême est Daniel, c’est lui qui l’a choisi en parcourant la Bible de long en large. Emilie est protestante et elle accueille à sa grande surprise, un frère chrétien venu de très loin…

La famille d’Emilie de Turckheim lui aménage une chambre, lui fait de la place dans le frigo familial, enlève de ses murs les nus artistiques photographiés, sans céder à la peur de cacher ses chéquiers, ses ordinateurs portables et autres objets de valeur.

Mon avis :


Il s’agit d’un récit de vie authentique où l’auteure livre ses émotions les plus nobles (ce roman est écrit de son point de vue, à la première personne du singulier) mais aussi les mauvaises réactions qu’elle peut ressentir et qu’elle essaye de freiner pour ne pas heurter son invité.

Elle ne comprend pas pourquoi Reza-Daniel donne de grosses sommes d’argent à d’autres migrants, des quasi-inconnus alors qu’il pourrait les économiser pour lui seul.

Le récit de cette année particulière est structuré par des chapitres aux titres forts : Putain de camion, Qu’as-tu fait de ton frère, Le Prince à la petite tasse, Ma maman, Sourire rézien, Fluctuat nec mergitur…, émaillé par les réflexions enfantines des deux petits garçons qui parlent avec leur cœur. Ils  s’insurgent que leur  « grand frère d’adoption » n’ait pas eu la même enfance insouciante que la leur.

On reconnaît ici le talent littéraire de cette écrivaine aguerrie (elle a déjà publié une dizaine de romans).

Elle recourt à la poésie dans ce journal : la beauté des mots, des rimes rend alors plus supportable la réalité face aux situations terribles dont Reza leur fait part : le racisme, la peur  d’avoir perdu sa famille à tout jamais, l’avenir…

Emilie de Turckheim sait rendre romanesque les petites choses du quotidien sans tricher, ni embellir la réalité.

Un passage du livre m’a particulièrement marqué. C’est celui où Reza annonce à ses hôtes qu’il va bientôt les quitter : il a trouvé un travail dans un lycée assez loin en banlieue.

Il explique difficilement au couple que le directeur du lycée qui ne le connaît que depuis une semaine, a décidé de lui faire confiance comme eux il y a neuf mois,  en lui procurant un logement gratuitement.

Ma note :

5/5 sardines

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C’est un grand livre que j’ai bien envie de relire très prochainement. C’est un récit de vie qui incite à retrouver la fraternité, cette valeur républicaine essentielle qui s’est égarée en chemin.

Chacun a une âme princière quand on décide de tendre la main, offrir son hospitalité malgré ses peurs !

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