Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD

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Droits réservés La boite à bulles

Elle vient de sortir en librairies. Sobrement et efficacement intitulée Guernica (ou bien Guernika en langue basque), cette bande dessinée historique retrace la vie paisible d’une petite ville de 5000 habitants avant qu’elle ne devienne un terrain d’entrainement de l’artillerie nazie et franquiste le 26 avril 1937.

Tout le monde connait le nom de cette ville grâce au tableau- plaidoyer de Pablo Picasso, le peintre le plus célèbre du 20eme siècle.

Tout l’intérêt de cette bande dessinée très bien documentée est de confronter la trajectoire artistique du peintre avec la vie toute en simplicité de ces habitants basques qui ne se sont jamais rencontrés. Picasso a apprit le génocide de Guernica par les informations dans un cinéma à Paris quelques jours plus tard.

Guernica

Textes et dessins de Bruno Loth, couleurs de Corentin Loth

La boite à bulles, 2019

80 pages en couleurs

19€

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Droits réservés La boite à bulles

Le résumé :

Pablo Picasso est choisi pour réaliser un tableau, vitrine de l’Espagne lors de l’exposition universelle de 1937 à Paris.

Militant communiste engagé, il soutient l’Espagne républicaine mais s’est un peu éloigné de son pays d’origine pour se consacrer tout à sa peinture avant-gardiste qui commence à lui apporter la gloire, après de nombreuses années de pauvreté et de bohème à Montmartre (très bien décrite par Clément Oubrerie et Julie Birmant dans la série Pablo, BD éditée par Dargaud).

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Pablo, éditions Dargaud

Ses muses, Marie-Thérèse Walter et Dora Maar, l’encouragent à dénoncer le fascisme qui est en train de se développer en Europe comme une gangrène en 1937.

L’actualité politique de son pays le rattrapera finalement à travers ce génocide. Ce n’est pas tant le nombre de victimes qui provoqueront sa rage mais bien l’acharnement ennemi à déclencher un acte barbare et atroce : plus de 5500 bombes incendiaires ont été envoyées sur le village de Guernica…

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Mon avis :

C’est une bande dessinée passionnante qui vous tient en haleine de la première à la dernière page car elle sait ménager une forme de suspens dramatique, au service d’un message : dénoncer la guerre.

L’auteur Bruno Loth se sert de ce qui s’est passé à Guernica pour souligner à son public que les bombardements de villes se répètent tout au long du 20eme siècle et du 21eme siècle : rien n’a changé. Cette BD forme avec son supplément documentaire un excellent support pédagogique pour les collèges et les lycées qui étudient l’Histoire mais aussi l’histoire de l’art.

J’ai été très touchée par le témoignage du dernier survivant de Guernica, Luis Iriondo et surtout la reproduction d’un tableau qu’il a réalisé et qui représente les retrouvailles poignantes avec sa mère à la fin du bombardement quand il était enfant.

Ce supplément documentaire a aussi reproduit la correspondance entre l’association des survivants de Guernica et les autorités allemandes qui ont reconnu leur responsabilité lors du 60eme anniversaire de cette tragédie.

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Ce n’est pas une BD sur Pablo Picasso, il est l’un des personnages principaux de cette histoire bien sûr, mais le sujet est vraiment le devoir de mémoire envers ce village basque qui a connu l’horreur par manœuvres politiciennes. L’ armée de Franco a voulu faire porter le chapeau de ce massacre aux républicains. Guernica était un symbole de la liberté basque.

Pablo Picasso a montré la frayeur pendant le bombardement, le cheval dans la ville en flammes, la mère qui pleure son enfant mort… Bruno Loth raconte dans cette BD,  l’histoire d’un jeune couple qui se rencontre à Guernica juste avant le drame et qui verra son avenir conjugal voler en éclats par les mutilations et même la mort, une minute plus tard…

Cela m’a rapidement rappelé le roman Pour qui sonne le glas d’Hemingway, que j’ai lu au lycée et j’ai eu la chance de voir le tableau Guernica au musée de la reine Sofia à Madrid.

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Pour qui sonne le glas, éditions Gallimard

L’Espagne est organisé en autonomies qui recherchent de plus en plus leur indépendance politique et culturelle vis à vis du pouvoir central de Madrid. Le fait que ce tableau du massacre d’une ville basque soit exposé dans un musée national en fait un symbole politique évident d’unité nationale.

« La peinture doit aller plus loin que la photographie »

Pablo Picasso

Il n’est pas nécessaire d’être un expert en histoire de l’art pour lire cette histoire. Elle met en valeur le génie de Picasso  à réaliser une oeuvre monumentale de 7m50 x 3m50 dont se dégage un véritable cri de douleur à travers la dominante de gris, les ombres, on devine le sang, les flammes…

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Droits réservés, La boite à bulles

La collaboration photographique de Dora Maar a aidé le peintre à structurer les éléments de son tableau, peint en trois semaines… Pour Picasso, ce tableau représentait une arme contre Franco et le fascisme. Je vous laisse découvrir la légende qui clôture la fin de l’histoire. Douze ans plus tard, son ami Louis Aragon l’encouragea à dessiner la colombe de la paix en 1949…

Ma note : 5/5 sardines

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J’ai lu cette bande dessinée d’une traite, Bruno Loth a choisi un sujet passionnant : je connaissais assez bien Pablo Picasso et Dora Maar à travers leurs nombreuses biographies. Mais c’était vraiment important de découvrir l’histoire de cette petite ville et toutes les démarches liées au devoir de mémoire entreprises depuis 1937, bien détaillées dans le supplément documentaire.

Cette BD a été éditée en partenariat avec la fondation Picasso. J’avais déjà chroniqué un ouvrage un peu similaire, lui aussi édité par la Boite à Bulles : John Bost, un précurseur qui suit la même démarche patrimoniale : sensibiliser le grand public aux actions d’une oeuvre à travers la BD.

Enfin, j’aime beaucoup le dessin de Bruno Loth associé aux couleurs choisies par son fils. Ensemble, ils savent entraîner leurs lecteurs dans une machine à remonter le temps à travers les BD historiques de Bruno Loth qui ne manquent pas de rendre hommage à la classe ouvrière. Son trait  me rappelle celui d’Yvan Pommaux et de ses livres Véro en mai, Avant la télé…

Je vous recommande cette BD qui est l’un de mes coups de cœur à la fois BD et livre d’art.

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