Mon père ce poivrot, une BD qui botte le cul de l’alcoolisme festif

Mon père, ce poivrot.pngCette BD je l’ai découverte par hasard chez mon marchand de journaux, rue Belgrand dans le 20 arrondissement, pas très loin de la place Edith Piaf où l’on croise des hommes et des femmes tellement abîmés par l’alcool qu’ils dorment parfois à même le sol.

Je connaissais déjà la maison d’édition Grand angle pour avoir chroniqué avec bonheur la BD normando-climatique Jamais qui a reçu un prix de lecteurs récemment ! J’aime beaucoup leur ligne éditoriale et cette tendance actuelle : peindre la société dans des petites cases de BD.

J’ai trouvé que cette BD librement inspirée de la vie de son auteur était bien plus efficace qu’une campagne de santé publique pour les jeunes. Allez, je vous raconte son histoire sous la forme d’un résumé.

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Mon père, ce poivrot

Stéphane Louis et Daviet

Editions Grand angle

Janvier 2019

70 pages

16€90

Le résumé :

Lucien vit à Saint-Denis en région parisienne. Il a bien soixante-dix ans et a perdu tout contact avec son ex-femme et son fils Rémy, un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui vit dans la région de Nantes. Il traîne son ennui dans un vieux bouge du quartier entouré d’amis de beuverie, le gagne-pain du patron qui doit aussi les chaperonner pour qu’ils rentrent sans danger chez eux.

C’était la cuite de trop puisque cette BD prend la tournure d’une enquête policière avec des flash back où l’on interroge le patron et les piliers de bar. Un événement médiatique a fait sortir Lucien de sa torpeur et de sa léthargie alcoolique mais on ne sait pas ce qu’il est devenu : disparition inquiétante ou l’occasion unique de prendre sa vie en main après de nombreux errements ?.

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Mon avis :

Cette BD a réussit le tour de force d’exprimer en dessins la grande détresse physique et psychologique de Lucien. Il se retrouve complètement désorienté sur le quai de la gare Montparnasse avec ses bruits, les va et viens de la foule nombreuse. On se doute bien que le personnage a fait un effet surhumain pour se lever de son lit et sortir de son quartier? Va-t-il abandonner ou prendre ce fameux train pour endosser ses responsabilités parentales ?

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Je vous recommande de lire deux fois cette histoire (70 pages en tout) en évitant de lire l’avant-propos personnel de l’auteur lors de votre première lecture. Votre seconde lecture aura une saveur toute particulière. Celle de la fiction autobiographique, du ressenti personnel, de l’émotion de l’auteur qui se transmet avec contagion à son lecteur.

C’est une BD beaucoup plus utile qu’un vague essai foireux de développement personnel. Cette forme de préface m’a vraiment marquée, j’ y ai vu un hommage à un père où la BD permet de rendre justice aux qualités de quelqu’un masquées par cet ennemi pernicieux : l’alcoolisme.

« Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire ».

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Son titre accrocheur tranche avec l’adage Mon père, ce héros. La puissance visuelle de la couverture évoque le capharnaüm d’une maison délabrée mais aussi la confusion des pensées que provoquent les vapeurs de l’alcool quand on s’est enchaîné à cette addiction depuis des décennies.

On a tous dans notre entourage amical ou familial quelqu’un qui s’est fait prendre au piège de l’alcoolisme festif ou mondain. Au lieu de fédérer, il isole des autres, il fait plonger dans la solitude. C’est le cas de Lucien, sa femme l’a quitté, son fils ne veut plus entendre parler de lui.

Ma note :

4/5 sardines

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J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette fiction aux éléments biographiques. Le scénario patine un peu au fil des soixante-dix pages. Ce n’est plus un secret dans ce blog que je préfère de loin les romans graphiques aux albums de BD car ils développent beaucoup plus le portrait psychologique des personnages.

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Mais cet album a le mérite d’avoir su mettre en relief la détresse psychologique du héros très profonde et très ancienne avec ce nom d’emprunt très difficile à porter, qui l’a plongé dans une confusion identitaire sérieuse.

Enfin, c’est une BD très contemporaine qui parle des jeunes militants engagés dans les ZAD. Sans juger leur engagement, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité cette situation. Compte tenu des dommages collatéraux, cette BD incite ses lecteurs à réfléchir avant d’aller tout feu tout flammes se rebeller contre les forces de l’ordre.

 

Sardines

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