Apprécier rétrospectivement l’expérience des petits boulots

Depuis mars 2020, la crise sanitaire que nous vivons a mis à mal une quantité de petits boulots basculant dans la précarité un grand nombre de saisonniers et d’étudiants. J’ai réalisé que si je me trouvais dans ce cas de figure il y a dix ans, je ne pourrais n’y travailler à la librairie du musée du Louvre (fermée depuis début novembre) ni faire du baby-sitting quand théâtres, cinémas et restaurants sont également fermés.

Le mois dernier, j’avais publié un article qui me tenais à cœur : Devenir banlieusarde après quinze ans à Paris et vous lui avez fait un accueil fantastique. J’ai reçu des commentaires très sympathiques d’amies perdues de vue depuis cette fameuse époque sur Facebook.

Comme quoi, les chambres de bonnes c’est spartiate et relou mais c’est un moment de vie qui parle à tous ! J’espère seulement que les universités vont rapidement ré-ouvrir pour que ces logements ne deviennent pas des cellules de prison.

Alors, j’ai voulu vous raconter sept petits boulots qui ont compté dans ma vie entre 18 et 25 ans.

Droits réservés Mairie de Saint-Martial

Serveuse dans un restaurant touristique, Mont Gerbier des Joncs , juillet et août 2005, Ardèche

Ce petit boulot, c’est mon père qui me l’a trouvé et je l’en remercie. Le patron du restaurant avait la soixantaine d’années et je passais mes déjeuners en tête à tête avec lui tous les midis avant de commencer le premier service. Je faisais du mieux que je pouvais mais j’ai cassé un certain nombre de verres et fait de nombreuses erreurs à la caisse enregistreuse.

Mais il m’avait à la bonne et me payait quand même ma journée quand il y avait du brouillard et qu’il n’avait pas envie de bosser. Je me suis régalée à servir des tartes à la myrtille dans ce lieu assez touristique et de rentrer en vélo dans ma maison de vacances à six kilomètres de là.

Ce petit boulot juste après mon baccalauréat m’a permis de constituer un bon bas de laine pour mes études universitaires à Paris et reste un très bon souvenir. Alors Monsieur Champel, un grand merci !

Baby-sitter de 25 enfants à Paris entre 2006 et 2012 (pas tout en même temps). Jeune fille au pair à La Baule et Avène en 2010.

Mon petit boulot favori qui n’en était pas un finalement. J’ai adoré accompagner ces enfants au judo, aux anniversaires, dans le bus. Tous m’ont appris comment devenir maman quand il fallait calmer un chagrin, doucher une petite fille pleine de vomi à onze heures le soir, rigoler avec eux de leur petite vie à l’école. Mon plus long job de Mary Poppins a été dans la famille de Lorenzo, Anna et Raffaela.

J’ai même gardé tous leurs cousins germains le temps d’une soirée, au fil des années. Avec ces enfants et leur père, j’ai traversé la France en train toute une journée pour relier La Baule à Avène et ils m’ont épaté par leur patience et leur autonomie avec leurs valises. J’en menais pas large quand il fallait les protéger sur un pont et qu’un berger allemand joueur nous fonçait dessus. Ce sont mes meilleurs souvenirs de Paris, bien plus marquants que les soirées étudiantes.

Préparatrice en boulangerie, Intermarché en 2006, Valence

Je ne garde pas un souvenir impérissable de ce travail peu intéressant et répétitif mais les circonstances dans lesquelles je l’ai obtenu ont été parfaitement orchestrées par mon Dieu. Après une mauvaise expérience dans une boulangerie fast food à Paris (qui a fait faillite depuis), j’ai cherché du travail à Valence pour l’été.

J’avais du mal à trouver et pourtant j’avais besoin d’argent pour financer mes études à Paris. Intermarché me contacte pour vider et servir du poisson au rayon poissonnerie alors que je n’ai aucune compétence dans ce genre de tâches qui me dégoutent profondément. J’accepte le poste car je n’ai pas le choix et j’angoisse à cette idée les deux semaines suivantes.

Coup de théâtre, ce ne sera pas la poissonnerie mais la boulangerie à la place. Merci mon Dieu !

C’était un petit contrat à temps partiel. Je me levais à six heures du matin pour y être à sept heures durant le mois de juillet. Je voyais le soleil se lever sur la ville. Comme toujours, Dieu a transformé une situation pas terrible en bien mieux.

Vendeuse en librairie au musée du Louvre 2010-2013

Mon badge du musée du Louvre

J’ai rencontré le directeur de la librairie du musée du Louvre au salon du livre de Paris en mars. J’ai débuté mes premiers remplacements de libraire en juillet après un très long processus de recrutement auquel je ne croyais plus.

J’y suis restée pendant trois ans, à chaque période de vacances scolaires, J’ai adoré ce boulot de rêve. J’ai travaillé dans tous les rayons de la librairie y compris au comptoir de souvenirs, où j’ai récolté de sympathiques acouphènes sous la pyramide.

Ce comptoir n’existe plus avec les travaux de rénovation du musée et tant mieux, il a causé pas mal de souffrances physiques et morales pour le personnel de la librairie notamment les contrats CDD.

Mon meilleur souvenir c’est quand une Japonaise m’a sauté au cou et m’ a offert un mouchoir en dentelle (qu’elle avait dû acheter en visitant Versailles) car j’ai retrouvé son appareil photo hors de prix sur une pile de livres et que je l’ai mis en sécurité.

Un pick-pocket peut vite gagner 8000 euros en liquides dans la maison de Mona Lisa. J’ai raconté cet épisode de ma vie dans un article récent consacré à la série Lupin de Netflix, tournée au musée du Louvre.

Vendeuse de la Pléiade, Gallimard à la librairie de Paris à Saint-Etienne en 2012.

Une de mes meilleures expériences de libraire avec les salons du livre à Paris (fatigue en moins !) Pendant deux semaines, les éditions Gallimard m’ont envoyée tous frais payés (hôtel, billets de train et salaire fournis) pour vendre La Pléiade à l’occasion des fêtes de Noël.

C’était dans leur librairie partenaire La librairie de Paris, une importante librairie de Saint-Etienne.

J’ai adoré cet emploi avec une équipe de libraires vraiment accueillante. J’ai même aidé la responsable du rayon Beaux-livres comme je dépendais de son rayon.

Un mois plus tôt, les éditions Gallimard nous avait concocté une superbe journée de formation dans leurs locaux dans le 7eme arrondissement (à deux pas de mon poste actuel) avec visite de leur usine à Pléiades à Lagny sur Marne dans les locaux de la Sodis. Vraiment enrichissant d’observer cet artisanat de luxe.

Je me serai bien vue libraire à Saint-Etienne comme me le proposaient les deux directeurs de la librairie mais je venais de rencontrer l’amour à cette époque et j’aurai eu beaucoup de mal à quitter Paris…

Vendeuse de poêles et de casseroles, Culinarion, rue de Rennes, janvier à juin 2013

J’ai postulé à cet emploi par hasard en passant dans la rue de Rennes. J’ai commencé mon travail de vendeuse le premier jour des soldes de janvier à devoir mettre des étiquettes sur des cocottes en fonte Le Creuset. Comme j’aime les arts de la table, ce petit boulot de deux jours par semaine m’a rapidement bien plu.

Malgré le fait de rester debout huit heures par jour et devoir investir dans des bas de contention au bout de quelques mois. J’aimais bien conseiller les riches clientes du 6eme arrondissement avant qu’elles ne désertent les lieux en louant leurs appartements de luxe en Airbnb. Le magasin a depuis fermé comme Geneviève Lethu, dans la même rue. C’est un peu la bérézina pour les commerces de la rue de Rennes.

En 2013, j’ai aussi travaillé deux mois à la Fnac Montparnasse pour Noël, également dans la rue de Rennes.

J’ai vraiment adoré ce travail parce que l’équipe était vraiment géniale, ils m’ont adoptée tout de suite. La plupart des employés de l’équipe étaient là dès la création du magasin dans les années 1970. C’était un peu la crème de la profession pour gérer les stocks et commander les livres tous les jours.

Droits réservés Atelier Athem

Par contre, c’était un boulot éreintant que j’ai quitté sans regrets le 24 décembre au soir, j’étais sur les rotules. Il faut dire qu’ils recevaient un semi-remorque de livres en réassort pendant les fêtes chaque jour et qu’il fallait déballer rapidement une trentaine de caisses de livres chaque matin.

Grand seigneur, le directeur du magasin venait saluer tous les employés du magasin chaque magasin, même les petites mains comme moi. J’ai aussi eu droit à une prime de fin d’année qui m’a payé ma robe de mariée. Vive la Fnac !

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