1969, été plus dramatique qu’érotique : Un été à Nantucket

Ce roman, je l’ai trouvé bon dès les cinq premières pages et je l’ai dévoré en quelques jours pendant notre week-end en famille à Lille. Je me souviens plus comment j’ai découvert ce livre, je crois que c’était dans les pages littéraires du magazine Elle.

J ‘aime énormément la littérature étrangère surtout quand l’histoire se déroule aux Etats-Unis dans les années 1960. C’est le premier livre d‘Erin Hilderbrand, que je viens de lire et je vais sans aucun doute continuer sur ma lancée. J’apprécie beaucoup sa manière de sonder ses personnages et de créer dès la situation initiale une proximité entre le lecteur et ses personnages.

Cet été, j’ai lu Les affinités sélectives de JC Sullivan car j’ai aimé ses précédents livres : Maine et Les anges et tous les saints que j’ai chroniqué dans ce blog. Ben, c’était nul et creux, ça ne décollait pas même au bout de 400 pages de lecture alors que ses précédents romans étaient très bons.

Un été à Nantucket est également publié par les éditions Les escales. J’aime ces gros pavés en grand format très agréables à lire par leur mise en page. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson de cet été là comme par exemple Ring of fire de mes chouchous chrétiens Johnny Cash et June Carter Cash… Le biopic Walk the line est un de mes films favoris.

Ce roman se déroule en deux parties et l’auteure sait ménager son suspens pour tenir ses lecteurs en haleine jusqu’au bout. Il m’arrive souvent de deviner une intrigue deux cents pages avant la fin et c’est très frustrant. Ici, ce n’est pas du tout le cas.

On pourrait définir ce roman comme une chronique de mœurs. C’est une saga familiale qui raconte les tourments personnels d’une mère, Kate et ses trois filles : Blair, Kirby et Jessie. Blair a une trentaine d’années, elle est brillante et aurait pu faire une très belle carrière en poursuivant ses études universitaires. Mais elle s’est mariée à un homme plus âgé qu’elle et sacrément vieux jeu. Il lui donne une fin de non-recevoir quand elle lui annonce vouloir travailler. Elle se désole elle même de ne pas avoir eu le reflexe de se rebeller.

Kirby a la vingtaine. Elle étudie dans une université de Boston et vient d’une famille assez privilégiée. Elle milite activement pour les droits civiques et son militantisme lui a valu quelques arrestations au poste de police. Les conséquences dans sa vie personnelle sont lourdes. Elle a décroché un poste de réceptionniste dans un hôtel de Martha’s Vineyard et tente de prendre un nouveau départ….

Jessie fête ses treize ans durant ce fameux été et pourtant pas grand monde ne fait attention à elle. Par intermittences, sa mère Kate et sa grand-mère Exalta l’emmènent au restaurant ou au club de tennis mais elles se soucient plus de leur renommée sociale sur l’île que d’entretenir une relation personnelle avec elle. Cette pré-adolescente se sent abandonnée par ses sœurs et sa mère alors qu’elle est effrayée à l’idée de perdre son grand frère Tiger qui combat au Vietnam.

Cet été là va être fondateur pour elle car Jessie va expérimenter les premier émois amoureux, l’arrivée de ses règles et surtout la construction de sa personnalité. Elle va éprouver pour sa grand-mère une colère froide et puissante qui va bouillonner sans exploser car ils sont reçus chaque année en vacances chez elle.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il sonde avec beaucoup de justesse la complexité des relations familiales avec cette matriarche Exalta Nichols qui domine sa fille, Kate alors qu’elle va bientôt avoir cinquante ans. Ses petits-enfants qui ont pourtant du caractère font des choix amoureux ou professionnels en fonction de son approbation. Cette famille vit dans un cadre assez huppé entre Boston et Nantucket. Le grand-père a étudié à Harvard, il faut perpétuer la lignée…

En regardant les vlogs touristiques, ce n’est pas dit que j’ai envie d’aller visiter Nantucket car je trouve ça trop classique comme quoi. Mais l’architecture de Martha ‘s Vineyard et ses maisons me plait bien. Il se trouve que mon mari et mon beau-frère ont travaillé plusieurs étés comme saisonniers dans des restaurants ou des hôtels pour tondre la pelouse ou faire la plonge…

C’était une excellente lecture à laquelle je donne la note de cinq sardines (le graal) car je ne me suis pas ennuyée pendant quatre cents pages. J’ai même été tourmentée par les errements de ces femmes de tous les âges : la grand-mère, la mère et ses trois filles. Elles forcent pas mal sur les cocktails car l’alcool leur permet d’édulcorer les moments les moins drôles de leur vie mais on se demande si elles ne vont pas aller droit dans le mur.

A la fin du roman, un nouveau personnage féminin fait son entrée et provoque un beau bazar dans cette maison de famille déjà sans dessus dessous. C’est une jeune femme hippie aussi irresponsable que désagréable qui m’a fait pensé au personnage de Cloud dans la série Netflix, Toujours là pour toi. Je trouve cela intéressant d’aller à l’encontre de la culture du bon hippie peace and love.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il met un petit scud à une idée reçue entretenue par les manuels d’Histoire sur les prétendues Trente Glorieuses. Certes, il y a eu le baby boom, l’essor de la société de consommation qui donnait accès à tout un tas de loisirs, de voitures, de produits ménagers pour améliorer le confort des maisons.

Mais le matérialisme n’effaçait pas la violence au quotidien dans les Etats du Sud, les traumatismes de la seconde guerre mondiale vécus par les familles de soldats en Corée ou au Vietnam… Ce roman raconte les vacances d’une famille aisée de Boston qui dîne de homards et boit des cocktails sur les plus belles plages de l’île. Cela ne leur évite pas de sacrément cogiter pour chercher un sens à leur vie.

Il se trouve qu’en lisant ce roman, j’ai lu une interview de l’actrice Julia Roberts qui est née en 1967. Elle raconte que ses parents étaient un peu saltimbanques, un peu fauchés mais avec un sacré bon cœur. Ils vivaient en Géorgie, un Etat pas des plus rigolos à l’époque et ont lié amitié avec le couple King. Ils ont accueillis dans leur école de théâtre, leurs enfants sans discriminations.

Et le couple King a payé les frais d’hôpital à la naissance de l’actrice. Cette amitié qui ne se laisse pas impressionner par la bêtise me fait penser à celle de Darren et Kirby à cette époque…

Retrouvez-ici d’autres chroniques sur de bons romans, de la littérature de qualité.

Maine, quand la maison de vacances cristallise les tensions familiales

-Angie, enquête de police en cours menée par Marie-Aude Murail au Havre

– Mon bilan lecture et ciné de cet été !

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