Le retour aux Ravenelles

C’est l’événement BD de ce printemps : la parution du tome 6 du Retour à la terre, la BD champêtre de Manu Larcenet au dessin et Jean-Yves Ferri au scénario après dix ans de silence. Manu Larssinet devait être dans la forêt à méditer avec l’ermite qui l’appelle Coeur-pur.

Je suis vraiment fan de cette couverture très poétique et marrante avec les fleurs de cerisiers et le papa merle qui apporte une boite de nuggets pour nourrir sa nichée !

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Comme des milliers de lecteurs, j’éprouve un fort attachement pour cette série. Si vous ne la connaissez pas, aucun problème à prendre le train en marche. D’ailleurs en parlant de train, il n’y en a plus depuis longtemps pour rejoindre le village de Manu, les Ravenelles, en profonde région parisienne. Il faut prendre un car Macron. Vous l’avez compris, c’est un album de BD très contemporain qui croque en dessins la réalité de bon nombre de Franciliens.

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C’est le cas d’Emma et Fabien, l’un des couples de la série comique à succès Scènes de ménages sur M6 ou la dessinatrice de BD Mademoiselle Caroline qui a raconté le fossé sociétal entre Paris et sa nouvelle vie en montagne dans le roman graphique Quitter Paris. Je lis d’ailleurs en ce moment un blog très bien fait Paris je te quitte mais de là à sauter le pas…

 

Le retour à la terre

Tome 6 : Les métamorphoses

Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Dargaud

Mars 2019

48 pages

12€

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Mon avis :

La structure bien rodée de cette BD vous fait rire ou sourire tendrement à chaque double page. Ce sont quatre vignettes qui déroulent le fil conducteur d’une situation grâce à des sous-titres brefs et efficaces.

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Cette BD commence par un rébus, c’est Manu Larssinet qui raconte la vie de sa petite famille qui tend à s’agrandir. Mais l’auteur est tellement pris dans sa rêverie personnelle, son introspection, qu’il tarde à s’en rendre compte…

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Heureusement, il peut compter sur une amitié improbable : celle de Madame Mortemont, sa voisine atypique qui découvre dans le tome 6 Les métamorphoses les fonctionnalités qu’offre son smartphone. Comme si la technologie pouvait aider les campagnards à faire pousser leurs patates alors qu’ils connaissent la nature depuis la nuit des temps.

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Mon avis :

5/5 sardines

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C’est cette gentille moquerie réciproque entre les néoruraux et les locaux des Ravenelles qui fait tout le sel de cette gentille comédie dessinée. C’est tendre et drôle mais aussi très révélateur de la fracture sociale et technologique que nous vivons à l’ère des gilets jaunes. A l’heure des zones blanches et des déserts médicaux, sommes-nous toujours compatriotes nous autres citadins et campagnards?

Mon père ce poivrot, une BD qui botte le cul de l’alcoolisme festif

Mon père, ce poivrot.pngCette BD je l’ai découverte par hasard chez mon marchand de journaux, rue Belgrand dans le 20 arrondissement, pas très loin de la place Edith Piaf où l’on croise des hommes et des femmes tellement abîmés par l’alcool qu’ils dorment parfois à même le sol.

Je connaissais déjà la maison d’édition Grand angle pour avoir chroniqué avec bonheur la BD normando-climatique Jamais qui a reçu un prix de lecteurs récemment ! J’aime beaucoup leur ligne éditoriale et cette tendance actuelle : peindre la société dans des petites cases de BD.

J’ai trouvé que cette BD librement inspirée de la vie de son auteur était bien plus efficace qu’une campagne de santé publique pour les jeunes. Allez, je vous raconte son histoire sous la forme d’un résumé.

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Mon père, ce poivrot

Stéphane Louis et Daviet

Editions Grand angle

Janvier 2019

70 pages

16€90

Le résumé :

Lucien vit à Saint-Denis en région parisienne. Il a bien soixante-dix ans et a perdu tout contact avec son ex-femme et son fils Rémy, un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui vit dans la région de Nantes. Il traîne son ennui dans un vieux bouge du quartier entouré d’amis de beuverie, le gagne-pain du patron qui doit aussi les chaperonner pour qu’ils rentrent sans danger chez eux.

C’était la cuite de trop puisque cette BD prend la tournure d’une enquête policière avec des flash back où l’on interroge le patron et les piliers de bar. Un événement médiatique a fait sortir Lucien de sa torpeur et de sa léthargie alcoolique mais on ne sait pas ce qu’il est devenu : disparition inquiétante ou l’occasion unique de prendre sa vie en main après de nombreux errements ?.

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Mon avis :

Cette BD a réussit le tour de force d’exprimer en dessins la grande détresse physique et psychologique de Lucien. Il se retrouve complètement désorienté sur le quai de la gare Montparnasse avec ses bruits, les va et viens de la foule nombreuse. On se doute bien que le personnage a fait un effet surhumain pour se lever de son lit et sortir de son quartier? Va-t-il abandonner ou prendre ce fameux train pour endosser ses responsabilités parentales ?

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Je vous recommande de lire deux fois cette histoire (70 pages en tout) en évitant de lire l’avant-propos personnel de l’auteur lors de votre première lecture. Votre seconde lecture aura une saveur toute particulière. Celle de la fiction autobiographique, du ressenti personnel, de l’émotion de l’auteur qui se transmet avec contagion à son lecteur.

C’est une BD beaucoup plus utile qu’un vague essai foireux de développement personnel. Cette forme de préface m’a vraiment marquée, j’ y ai vu un hommage à un père où la BD permet de rendre justice aux qualités de quelqu’un masquées par cet ennemi pernicieux : l’alcoolisme.

« Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire ».

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Son titre accrocheur tranche avec l’adage Mon père, ce héros. La puissance visuelle de la couverture évoque le capharnaüm d’une maison délabrée mais aussi la confusion des pensées que provoquent les vapeurs de l’alcool quand on s’est enchaîné à cette addiction depuis des décennies.

On a tous dans notre entourage amical ou familial quelqu’un qui s’est fait prendre au piège de l’alcoolisme festif ou mondain. Au lieu de fédérer, il isole des autres, il fait plonger dans la solitude. C’est le cas de Lucien, sa femme l’a quitté, son fils ne veut plus entendre parler de lui.

Ma note :

4/5 sardines

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J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette fiction aux éléments biographiques. Le scénario patine un peu au fil des soixante-dix pages. Ce n’est plus un secret dans ce blog que je préfère de loin les romans graphiques aux albums de BD car ils développent beaucoup plus le portrait psychologique des personnages.

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Mais cet album a le mérite d’avoir su mettre en relief la détresse psychologique du héros très profonde et très ancienne avec ce nom d’emprunt très difficile à porter, qui l’a plongé dans une confusion identitaire sérieuse.

Enfin, c’est une BD très contemporaine qui parle des jeunes militants engagés dans les ZAD. Sans juger leur engagement, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité cette situation. Compte tenu des dommages collatéraux, cette BD incite ses lecteurs à réfléchir avant d’aller tout feu tout flammes se rebeller contre les forces de l’ordre.

 

Sardines

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Les wonder women laisseront la culotte gainante au placard !

J’ai découvert récemment Mathou sur une table de librairie grâce à son dernier livre, Et puis Colette, un roman graphique sensible et doux sur le deuil, écrit avec Sophie Henrionnet, édité par Delcourt. 

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J’aime bien suivre son compte Instagram car ses illustrations sont vraiment drôles, jolies à regarder et illustrent bien un quotidien qui nous ressemble : les petits mots des enfants qui affirment leur caractère, les addictions que l’on a tous lors de nos week-end glandouilles…

J’ai trouvé une de ses BD en version poche à la librairie Les nouveautés, une jolie librairie toute neuve, rue du Faubourg du temple, métro Goncourt. Ils organisent de nombreuses dédicaces comme celle de Tiphaine Rivière, la dessinatrice de Carnets de thèse, un roman graphique que j’avais adoré.

Les wonder women aussi mettent une culotte gainante

Des dessins qui font du bien

Mathou

J’ai lu

2019

6€90

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Le résumé :

C’est un recueil de ses dessins publiés sur son blog Crayon d’humeur qui existe depuis 2007. Au début du livre, elle se présente ainsi que ses deux autres personnages principaux : son jules et leur petite fille. Ce recueil se divise en quatre grandes parties : Y’a pas de mal à se faire du bien, Girly mais pas trop, Comment tu m’aimes, Les dessins du mercredi (avec ou sans raviolis). Chaque dessin se tient sur une page avec un titre et un sous-titre qui annoncent la couleur…

Mon avis :

J’aime beaucoup le dessin de Mathou même si j’ai eu du mal au début à me faire à ses personnages aux grands yeux. Elle sait tirer toute la sève comique des petits riens de la vie de famille.

Mais en 2019, je me suis lassée de ce type de BD de filles qui compilent des dessins : parce que j’en ai déjà lu beaucoup : Ma vie est tout à fait fascinante de Pénélope Bagieu, la théorie de la contorsion de Margaux Motin….

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Droits réservés Mathou

Je prends beaucoup plus plaisir à lire ce format d’illustrations sur Instagram ou sur les blogs même si ce genre de livres en poche est bien pratique : je lirais avec plaisir Tout plaquer et prendre un bain de Mathou par curiosité. Ce sont de bons cadeaux à faire à vos copines qui connaissent peu ce genre de Bd feel good.

Mais moi, je suis vraiment devenue accro aux romans graphiques bien consistants (de 200 pages au moins). Je lirai forcément Et puis Colette bientôt et je chroniquerai sans faute Chute libre, carnets du gouffre de Mademoiselle Caroline, une sacrée baffe de lecture pour moi après avoir lu La différence invisible.

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Après avoir expliqué en dessins ce qu’était l’autisme et ses conséquences dans la vie d’une jeune femme, Mademoiselle Caroline a pris son courage à deux mains pour dessiner sa propre dépression avec une authenticité désarmante.

La BD au féminin connait un tournant : il y a dix ans, je lisais Ma vie est tout à fait fascinante, un blog léger et insouciant qui racontait la vie d’une jeune adulte, un peu dans sa bulle de fille.

J’ai trouvé que la première partie de cette BD Les wonderwomen aussi mettent une culotte gainante,  dénonçait à juste titre une société qui fait pression sur les femmes, les mères à travers leur poids, leurs peurs, le statut épanouissant de free lance sur le plan créatif mais précaire économiquement, le marketing qui nous crée de faux besoins mais qui nous aliène… On rit dans la première partie de cette BD mais on rit un peu jaune…

Heureusement, les deux parties consacrées au couple et à la maternité sont beaucoup plus tendres et réconfortantes. La femme et l’épouse y est beaucoup plus considérée. Au sein du cocon familial, personne ne demande à l’héroïne d’être une wonder-woman, elle est aimée telle qu’elle est !

Ma note :

3/5 sardines

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Avec ses BD, j’ai découvert une nouvelle illustratrice à suivre sur Instagram. C’est une bonne chose que les éditions J’ai lu propose ce type de BD en format poche car il faut bien le dire : la bande dessinée en général coûte cher quand on est passionné de lecture comme moi.

Dans la même collection, sont édités les BD Un autre regard et sa suite dessinés par Emma, la fameuse blogueuse qui a su évoquer la charge mentale des femmes dans la vie familiale avec beaucoup d’efficacité. En réaction à l’affaire Baupin sur le harcèlement sexuel vécu par les femmes dans le milieu politique, j’ai découvert un blog qu’elle illustre. Cela s’appelle Chair collaboratrice et ça dénonce le sexisme ordinaire.

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Janvier rime avec BD : la BD au féminin !

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Le festival international de la BD d’Angoulême est l’un de mes salons du livre préférés car il met en effervescence toute une ville avec ses vitrines, ses expositions dans différents lieux comme le prix de la BD chrétienne dans l’église Saint Martial ou le temple protestant…

Cette année, l’affiche du festival vue dans le métro m’a tapée dans l’œil puisque j’ai reconnu le trait de Bernadette Després, l’illustratrice de Tom-Tom et Nana dans le magazine J’aime Lire de Bayard, série jeunesse créée en 1977. Cette année, le festival de BD lui consacre une large exposition !

Jolie initiative mais à quand une femme dessinatrice de BD récompensée par un Fauve d’or ?

Elles font un tabac en librairies à l’image des deux tomes des Culottées de Pénélope Bagieu (plus de 50 000 ventes pour le tome 2 et une adaptation en dessin animé en préparation) mais au moment de remettre un prix, le jury BD d’Angoulême les boude.

Personnellement, je lis beaucoup plus de BD écrites par des femmes car j’aime bien les thématiques sociales qu’elles traitent avec humour et légèreté. Force est de constater que l’illustration féminine est beaucoup plus prolixe sur les blogs et les comptes Instagram pour ensuite être publiée.

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Les pionnières du sport mises en valeur par Pénélope Bagieu dans le magazine L’équipe, 18 janvier 2019

Voici ma petite sélection des illustratrices que je suis régulièrement :

Pénélope Bagieu

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C’est la première illustratrice que j’ai découvert avec son blog Pénélope Jolicoeur et j’ai dévoré son livre Ma vie est tout à fait fascinante. J’ai découvert un univers frivole très contemporain qui m’a fait du bien pendant mes études universitaires : cela me détendait de suivre les aventures de cette jeune Parisienne un peu adulescente sur les bords avec ses vêtements à la dernière mode.

Pénélope Bagieu est aussi dessinatrice de pub pour Gemey, les plats Marie ou pour la presse féminine. Forcément, j’ai aussi adoré la trilogie de Joséphine et ses deux adaptations au cinéma. J ‘ai eu un peu de mal avec ses romans graphiques suivants : La page invisible, Cadavre exquis…

Mais elle a vraiment marqué un grand coup avec la série des Culottées, c’est une oeuvre patrimoniale pour l’Histoire des femmes au même titre qu’un essai de sociologie selon moi.9782070601387-475x500-1

Margaux Motin

J’ai lu pour me détendre ses différents romans graphiques : J’aurai adoré être ethnologue, La théorie de la contorsion, La tectonique des plaques mais j’ai vite eu une overdose. J’ai trouvé son double littéraire très caricatural avec ses excès de langage vraiment pénibles à suivre malgré qu’elle dessine vraiment très bien. Mais depuis, j’ai regardé une vidéo où l’on interviewait : elle cassait complètement l’image très parisienne que j’avais d’elle et j’ai beaucoup de plaisir à suivre son compte Instagram et ses illustrations à la planche : elle a un univers très poétique dans la nature du pays basque où elle vit une partie de l’année.

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Mathou

C’est l’illustratrice qui monte en ce moment : sa nouvelle BD Et puis Colette raconte l’histoire d’une trentenaire qui se retrouve tutrice de sa nièce à la mort de sa sœur. Un peu comme le film Amanda avec Vincent Lacoste, cette BD joliment dessinée traite du deuil sans pathos, pour montrer qu’il est possible de recommencer à vivre, à sourire….

Je vais aussi me pencher sur ses précédents romans graphiques aux titres marrants :  Tout plaquer et aller prendre un bain ou encore Les wonder women aussi portent une culotte gainante…

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Mademoiselle Caroline

C’est ma préférée ! J’aime beaucoup ses dessins sur Instagram. Cette ancienne Parisienne s’est installée à la montagne près d’Annecy il y a une dizaine d’années. Elle en a même fait un roman graphique très drôle, Il décrit avec beaucoup de justesse le fossé sociologique entre la capitale et la rase campagne (une vraie fracture territoriale mise en BD) :  ça s’appelle Quitter Paris. Vous en révez? Je l’ai fait !.

Je l’ai découverte à travers sa collaboration avec Julien Blanc-Gras pour l’adaptation de son roman Touriste, puis je me suis prise une belle claque de lecture avec  que j’ai chroniqué il y a peu sur ce blog…

J’ai hâte de lire son roman graphique sur le thème de la dépression : La chute libre, carnet du gouffre.

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Leurs blogs sont leurs propres espaces de création, où la parole est beaucoup plus libre car tout de même le monde de l’édition freine malgré tout la diversité d’expression au nom du marketing. Ce sont les blogs, les comptes Instagram qui relayent directement leur inspiration.

Ces dessinatrices s’emparent des sujets de société du moment avec beaucoup d’humour, de tact et de subtilité. Elles apportent beaucoup à la BD, un secteur du livre qui est en train de supplanter le roman !

La différence invisible, une critique de la sociabilité tyrannique en BD

La semaine dernière, je suis allée faire une pause-goûter au café Joyeux, situé passage de Choiseul, à deux pas de l’opéra Garnier et de la station de métro Quatre Septembre.

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J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de ce café qui a du sens dans un précédent billet de blog. J’ai eu envie d’y retourner car ils ont agrandi leurs murs et c’est encore plus agréable de passer un moment de qualité à l’étage du café. Surtout quand il y a de la lecture !

La petite bibliothèque du café réunit des livres qui sensibilisent le grand public sur le handicap, l’altruisme possible dans la société, l’autisme, la trisomie 21, la différence tout simplement aussi !.

Tout en buvant un excellent thé, j’ai ainsi lu dans ses grandes lignes, La vie en bleu de Martin Steffens, éditions Marabout, un bel essai de philosophie sur la foi en général et surtout ce roman graphique génial :

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La différence invisible

Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

collection Mirages, Delcourt

2016

23€95

J’ai lu ses 196 pages d’une traite car je connaissais un peu l’avis de blogueuses littéraires comme My pretty books qui en avaient fait une critique dithyrambique tout à fait justifiée.

Le résumé :

La couverture est vraiment bien conçue, elle résume très bien le propos du livre. Ce roman graphique autobiographique raconte l’histoire d’une jeune femme Marguerite qui a 27 ans, un copain et des rituels bizarres.

Cela la rassure d’emprunter toujours le même chemin entre son domicile et son travail, elle préfère manger seule à son bureau le midi parce que les discussions amicales avec ses collègues l’effrayent ou que son manque de filtre social lui joue des tours…

Le ciel va heureusement s’éclaircir pour Marguerite quand on va enfin lui fournir une explication sur son état psychologique et qu’elle pourra compter sur le soutien de sa communauté d’amis autistes Asperger comme elle…

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Mon avis :

C’est l’une des plus belles BD autobiographiques que j’ai eu l’occasion de lire récemment, dans la même veine que celle écrite par le papa d’une petite fille trisomique Ce n’est pas toi que j’attendais par Fabien Toulmé, publié aussi par Delcourt dans la même collection : Mirages.

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Cette collection s’inspire de personnages réels, avis aux amateurs comme moi de récits autobiographiques forts en BD.

J’admire ce rôle de porte-voix de la BD dans la société actuelle pour sensibiliser le grand public à des problématiques qui nous échappent et qui peut ainsi nous aider à faire preuve d’empathie, de compréhension la prochaine fois… Ce sont aussi les blogs comme les BD qui se font les relais des grandes campagnes de santé publique et c’est génial !

Espérons que ce roman graphique fera évoluer les mentalités dans le monde de l’entreprise, notamment dans le domaine des ressources humaines…

La question de la sociabilité un peu forcée en entreprise m’a vraiment interpellée à travers cette histoire. Comme ses collègues se plaignent dans son dos, Marguerite est convoquée par son patron qui lui reproche son manque de sociabilité alors qu’elle effectue son travail avec sérieux et rigueur.

Visiblement, le savoir-faire ne suffit pas, il faut aussi valoriser le savoir-être en traînant à la machine à café ou en participant aux pots de départ des collègues. Ce n’est pas tout à fait faux mais cela peut s’avérer un vrai calvaire pour les personnes autistes qui n’ont pas les mêmes codes sociaux que les autres et à qui on ne fera pas de cadeaux.

Ma note :

5/5 sardines

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Ce roman graphique m’a vraiment emballée sur le plan du dessin : le trait de Mademoiselle Caroline est très subtil et agréable. Elle a eu la grande intelligence de choisir une palette graphique très parlante : les gris, les blancs et le rouge pour exprimer l’absurdité de certaines situations dans lesquelles se retrouvait Marguerite.

Les bulles de textes étaient elles-même de police rouge selon l’intensité de la violence des mots ou des réactions. C’est un roman graphique que l’on ne peut pas lire avec indifférence.

On saluera le talent introspectif de la co-autrice Julie Dachez qui a adapté son histoire en bulles, une démarche pas forcément évidente. La dessinatrice et l’auteur reconnaissent volontiers qu’elles ont eu des moments d’incompréhension mutuels entre elles pour exprimer une situation, un sentiment du livre mais qu’une intermédiaire, professionnelle de l’autisme les a aidées dans cette entreprise éditoriale.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié le court livret documentaire illustré qui explique plus en détails ce qu’est l’autisme, une ressource qui peut s’avérer bien utile pour les familles qui viennent d’être confrontées à cette situation parmi leurs proches.

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La BD réorganise le Panthéon

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Les deux tomes des Culottées de Pénélope Bagieu, un recueil de biographies de femmes sous la forme de BD, a ouvert la voie à un genre qui se développe, de plus en plus, dans le domaine du roman graphique : la biographie ou biopic au cinéma.

C’est à travers Les culottées et l’excellent travail documentaire de Pénélope Bagieu (elle sait capter les éléments biographiques les plus marquants pour les retranscrire en dessin) que j’ai découvert le destin d’Hedy Lamarr, grande actrice hollywoodienne autrichienne et pionnière avant-gardiste du wifi !

La plus belle femme du monde, la vie incroyable d’ Hedy Lamarr

Textes de William Roy, illustrations de Sylvain Dorange

La boite à bulles, 2018

176 pages. Illustrations en couleurs

23 €

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Une trajectoire aussi originale se devait d’être racontée aux jeunes générations de filles pour tordre le cou à l’adage tellement répandu : « Sois belle et tais-toi « .

Je remercie beaucoup l’équipe de la Boite à bulles (un grand merci à Anaïs) qui montre une vraie considération pour le travail des libraires. Ils ont envoyé à la librairie où je travaille un exemplaire de la BD La plus belle femme du monde avec un calendrier de l’Avent Kinder bien apprécié.

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J’ai découvert cette maison d’édition BD grâce au roman graphique John Bost, un précurseur (une autre biographie historique…), l’histoire d’un pasteur qui crée des institutions dans un village de Dordogne pour prendre soin des handicapés mentaux au 19eme siècle. J’avais eu la chance d’interviewer ses auteurs Bruno Loth et Vincent Henry lors du salon du roman historique de Levallois-Perret.

 

couv_9782849532720_grande_221_couvsheetPuis, j’ai chroniqué dans le cadre de ce blog, une autre BD : Udama chez ces gens-là. Elle raconte les déboires d’une jeune nounou africaine qui va devoir lutter contre les clichés racistes et la lutte des classes mais aussi l’emprise des émotions, dans une famille bourgeoise parisienne en plein désarroi.

Depuis, je suis attentivement les parutions de cette maison d’édition indépendante qui privilégie les sujets de société avec beaucoup de subtilité et de flair. Choisir cette femme comme héroïne d’un roman graphique était une très bonne idée puisque le livre a rencontré son public : il est en réimpression !

Allez, je vous raconte l’histoire d’ Hedy Lamarr !.

Le résumé :

Ce roman graphique de 176 pages retrace le parcours d’une jeune autrichienne qui s’est échappée de sa prison dorée : son mariage avec un général nazi très jaloux, pour s’embarquer vers les Etats-Unis et démarrer une fulgurante carrière d’actrice hollywoodienne.

Elle rencontre sur le paquebot Louis Meer, le patron de la MGM (la compagnie mythique de cinéma avec le lion qui rugit). Il va faire sa carrière mais elle ne sera pas libre de ses choix artistiques à l’image d’une Marilyn Monroe avant l’heure. Hedy Lamarr sera une grande star des plateaux de cinéma dans les années 1940-1950.

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N’en faisant qu’à sa tête, elle va mettre à profit ses compétences intellectuelles en s’associant à un compositeur de musique de film très novateur, Georges Antheil.

Ensemble, ils vont mettre au point un système de synchronisation des fréquences radio pour aider leur pays en guerre : Hedy Lamarr, pionnière très en avance du wifi. Cependant, les idées reçues ont la vie dure  puisque c’est seulement en 1997 que l’on reconnaîtra son invention….

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Mon avis :

C’est une lecture agréable qui nous fait voyager à travers l’Histoire. Elle retrace l’évolution du cinéma mondial en plein essor au 20eme siècle, un peu à la manière du film The artist avec Jean Dujardin.

J’ai beaucoup aimé les références aux affiches de films, ce roman graphique explique bien comment l’actrice de cinéma et son corps étaient considérés par l’industrie du cinéma dans les années 1940-1950. Le personnage du producteur Louis Mayer est vraiment truculent, il apporte beaucoup à l’histoire.

Enfin, ce roman graphique est un document historique fort intéressant pour les lycéens afin d’expliquer le contexte culturel en Europe et aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale.

 

Ma note :

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Ce roman graphique biographique m’a apporté un agréable moment de lecture : les personnages sont bien dessinés, les décors fonctionnent aussi bien qu’une machine à remonter le temps….

Mais au fil des planches, je ne parviens pas à m’attacher à cette grande actrice, les auteurs de cette BD ne sont par parvenus à nous transmettre sa psychologie, son état d’esprit personnel… C’était un personnage fort intéressant mais je ne me suis pas attachée plus que ça à elle contrairement aux Culottées de Pénélope Bagieu. Elle ne se livre pas beaucoup cette Hedy dans ce roman graphique !

Clément Oubrerie, spécialiste ès biographies BD

interieur-voltaire-amoureux-215x290-inddA chaque fois que Clément Oubrerie publie une nouvelle BD, je suis sur le pont. Dans le cadre de ma collaboration avec la Kube, je recommande principalement des biographies et je suis une grande fan d’adaptations littéraires en BD ou au cinéma.

Clément Oubrerie est un pilier de la BD française depuis une vingtaine d’années puisqu’il a connu de nombreux succès avec la série Aya de Yopougon, Pablo, Il était une fois dans l’Ouest… Il aime les séries et sa nouvelle BD Voltaire amoureux est aussi une série. J’ai lu le premier tome et voici mon avis :

Voltaire amoureux, tome 1

Clément Oubrerie

Editions les Arènes, 2017

20€

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Le résumé : 

1718, sous l’Ancien Régime en France. Le Roi-soleil est mort depuis trois ans, le Régent règne et on peut dire qu’il n’apprécie pas beaucoup Voltaire. Encouragé par sa milice personnelle, il l’a fait embastiller à l’âge de 24 ans. cela ne l’empêchera pas, à sa sortie de prison de devenir l’un des dramaturges les plus en vus du royaume.

Cette BD est le roman d’apprentissage d’un jeune ambitieux, qui se rebelle contre sa famille bourgeoise et qui tombe souvent amoureux de marquises ou de comédiennes de théâtre…

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Mon avis :

Je trouve que cette série serait intéressante pour un cours de littérature, de philosophie, ou d’Histoire sur l’Ancien Régime et la philosophie des Lumières.

Comme à son habitude, Clément Oubrerie croque avec talent les contemporains de Voltaire : les marquises, les aristocrates ou encore le simple peuple. C’est un régal de parcourir le Paris du 18eme siècle avec ses aquarelles…

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On s’attache rapidement au jeune Voltaire qui réussit ou qui se prend les pieds dans le tapis bien comme il faut.

Mais le vrai bémol, c’est que je ne me suis pas passionnée pour cette série comme ce fut le cas pour Pablo car je ne suis pas une passionnée de l’époque. Il faut vraiment être passionné par les Temps modernes pour suivre toute cette série.

Ma note :

3/5 sardines

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Clément Oubrerie a crée un BD très réussie tant sur le plan du dessin, du scénario. On retrouve dans chacune de ses BD d’époque un réel travail de documentation sur les manières de vivre, les architectures des quartiers de Paris….

Je n’ai pas été emballée par le premier tome comme je m’y attendais mais je persévérerai avec la suite car le premier tome de Pablo était aussi un peu déroutant avant l’emballement affectif pour les trois tomes suivants.

Février rime avec BD : Udama chez ces gens-là

J’ai découvert les éditions La boite à bulles grâce à une émission de France Inter consacrée au roman graphique John Bost, un précurseur.

COUV_JOHN-BOST-e1488888620802Ensuite, j’ai eu la chance d’interviewer les deux auteurs du livre : Vincent Henry et Bruno Loth au salon du roman historique de Levallois-Perret (une chouette manifestation culturelle gratuite).

C’était un bon sujet et un bon souvenir éditorial : la première fois que j’étais citée dans une revue de presse. Depuis, ce formidable roman graphique a obtenu le prix de la BD chrétienne d’Angoulême 2017. Voici le lien vers cette chronique ici

La ligne éditoriale de la Boite à bulles me plait pour son traitement subtil des questions contemporaines avec psychologie et surtout du beau dessin. Ce sont mes trois critères principaux pour dévorer un roman graphique.

Udama chez ces gens-là – Zelba

La boite à bulles – 2017

104 pages – 20€

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Celui-ci, je l’ai lu d’une traite. Pendant mes études, j’ai été baby-sitter, j’ai fréquenté quelques fois les squares de l’Ouest parisien. Et j’entendais ces conversations de nounous immigrées qui se racontaient entre elles les tactiques de leurs employeuses pour ne pas les déclarer.

Le résumé : 

Udama est une superbe et jeune mère célibataire africaine. Sans diplôme et ayant une famille à nourrir au fin fond de la banlieue parisienne, elle accepte de se charger de toutes les tâches que sa patronne préfère payer que de faire…

Ce couple parisien sans espérance, habite dans un immeuble cossu du 16eme arrondissement avec des masques africains comme déco (ce n’était pas ma partie préférée de la lecture, l’ombre dérangeante de ces masques). Ils ont tout matériellement mais il leur manque la tendresse, l’entraide, l’amour…. et ainsi tout va dérailler dans cet appartement.

« Si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’une cymbale qui résonne «  1 Corinthiens 13.

Mon avis :

Cet album n’est pas un pamphlet qui dénonce l’exploitation des travailleurs pauvres par les bourgeois. Le titre de ce livre est très efficace : il dénonce le racisme à double sens. On se caricature réciproquement : les bourgeois n’ont pas de cœur : ils sont sans foi, ni loi,  la nounou africaine aura des drôles de coutumes dont elle va contaminer leur petite fille….

Mais la xénophobie, l’exploitation sociale n’est qu’une partie du sujet de ce roman graphique : il parle aussi de la souffrance d’un couple qui n’ arrive pas à se retrouver à la naissance de son enfant, la pression sociale et professionnelle sur les jeunes mères, le baby blues…

Personne n’est tout blanc dans cette histoire : ni Udama qui va trahir une autre nounou par nécessité, ni Hervé, le mari délaissé. Même Claire, la mère carriériste et dirigiste nous émeut.

« J’aurai jamais pensé que des femmes pouvaient en payer d’autres pour ne pas avoir à faire l’amour avec leur mari« .

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Copyright Zelba- La boite à bulles

 

Cette vie de dure labeur que mène Udama est la réalité de milliers de femmes qui font le ménage dans des hôtels dans des conditions inacceptables car elles n’ont pas le choix  elles font la toilette des personnes âgées dans les maisons de retraite ou à domicile. On leur confie l’intime, les tâches ingrates que d’autres ne voudraient pas faire tout en leur rappelant bien qu’elles sont tout en bas de l’ascenseur social.

Or, dans cette histoire, c’est le dominé qui devient dominant. Cette histoire finit bien pour tout le monde : chacun des personnages a eu assez d’intelligence pour garder la tête haute et faire les bons choix pour sauver son équilibre. Et sans vouloir vous spoiler la fin, le seul homme de l’histoire a évité de justesse l’étiquette misandre #Balance ton porc. 

Ma note :

5/5 sardines

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Je vais retenir le nom de Zelba, cette scénariste et dessinatrice d’origine allemande. Elle a signé un très beau roman graphique qui rend hommage à toutes ces femmes qui travaillent dur et subissent une pression sociale qu’elles soient cadres supérieures ou techniciennes de surface. La subtilité psychologique avec laquelle elle dessine les traits de ses personnages, m ‘incitent à surveiller ses prochains livres avec plaisir et curiosité !

 

Quatre sœurs, portrait d’une fratrie de filles

Quatre sœurs : Enid, Hortense, Bettina et Geneviève

Malika Ferdjoukh et Cati Baur

                                                    Ecole des Loisirs et Rue de Sèvres

1ere parution en 2003

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Je l’ai repéré sur un présentoir du rayon jeunesse de la bibliothèque Arthur Rimbaud (je vous la recommande pour sa sélection nouveautés BD et romans) et j’ai su que j’allais avoir un coup de cœur pour ce roman graphique.

Son titre m’ a plu : Quatre sœurs car j’affectionne les histoires de fratries. Ensuite sa couverture : on y voit Enid, une petite fille de neuf ans, accolée à un arbre aux couleurs de l’automne. En fond, on voit sa maison la Vill’hervé, une villa en bord de mer qui se trouve au bout du monde, impasse de l’Atlantique.

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Bingo, c’est le combo parfait du roman graphique pour moi : une histoire avec des portraits psychologiques finement amenés + du beau dessin à l’aquarelle : des personnages bien dessinés, des univers réalistes attachants…

Cela me rappelle beaucoup l’univers de Camille Jourdy et son travail aussi à l’aquarelle pour donner vie à Rosalie Blum.

 

« Enid doit faire dix-sept pas de l’abribus jusqu’à l’impasse de l’Atlantique qui mène à sa maison, la Vill’Hervé. Un de moins que l’été dernier. La preuve que ses jambes allongent, donc qu’elle a grandi. N’empêche qu’elle est toujours la plus petite des cinq sœurs Verdelaine. »

 

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Le résumé :

C’est l’histoire d’une fratrie de cinq filles : Charlie, 23 ans, Geneviève, 15 ans, Bettina, 13 ans, Hortense, 11 ans et Enid, 9 ans. Ce roman en quatre épisodes suit les quatre saisons : il débute avec l’automne et se termine avec l’été, la saison des émois amoureux de ces adolescentes.

Après la mort accidentelle de leurs parents, elles se serrent les coudes dans leur grande maison, lieu de vie de leurs joies toutes simples, leurs peines mais surtout leurs chicaneries, celles que vivent toutes les sœurs du monde autour d’un bon bol de chocolat chaud…

Mon avis :

Cette lecture a été un vrai coup de cœur pour moi : le thème de la fratrie est universel (la référence aux Quatre sœurs du Docteur March de Louisa May Alcott est évidente) et j’aime les portraits psychologiques des personnages bien écrits (c’était le cas des Stagiaires, ma dernière lecture en date).

J’ai lu le premier tome Enid en BD pour me créer un imaginaire : la présentation des personnages en médaillon m’a été vraiment très utile pour comprendre les personnalités bien marquées de chacune des sœurs. Mais ensuite, je me suis dépêchée de trouver les trois romans pour les lire dans la foulée. Impossible d’attendre les prochains romans graphiques.

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J’ai vraiment été happée par l’histoire d’amour de Bettina : la profondeur des sentiments et des émotions exprimés m’a marquée. Son personnage est présenté dans le premier tome comme une personne totalement égocentrée, acide et hautaine avec sa flanquée de copines. Elle va se révéler sensible et touchante par la suite.

L’autre personnage qui m’a émue est Hortense, la fille timide de la famille. Elle se raconte dans son journal intime : ses rêves de comédie, son amitié poignante avec Muguette, une petite fille atteinte de leucémie. Elles s’échangent des expressions complètement désuètes et étranges :  » tu es complètement Île et Vilaine… ».

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C’est un récit contemporain qui raconte la routine d’une famille ordinaire : le ramassage scolaire pour les plus jeunes, la livraison des courses de Nanouk surgelés par le jeune Merlin qui va faire chavirer le cœur de Bettina, leurs boums…

Elles sont orphelines et font face à des défis financiers majeurs. Mais ça ne pleure pas dans les chaumières, il n’ y a pas de pathos comme dans un roman de Dickens : elles ne collectionnent pas les malheurs et sont entourées de toute une galerie de personnages secondaires bienveillants.

Le plus important d’entre eux est sans conteste Basile, l’amoureux de Charlie, l’aînée devenue par la force des choses, la cheffe de famille. Leur histoire d’amour est le fil conducteur de ces quatre romans. On est forcément touchés par cette jeune femme qui sacrifie ses rêves par amour pour ses sœurs.

Ma note : 4/5 sardines

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L’Ecole des loisirs est  mon éditeur de littérature favori car il ne prend pas ses lecteurs pour des imbéciles en leur proposant des textes creux et superficiels, à effet de mode.

J’avais déja lu un très bon roman de Malika Ferdjoukh : Taille 42, l’histoire d’une famille juive de chausseurs qui a dû fuir Paris pour échapper à la mort pendant l’Occupation. Et puis je trouve que Quatre sœurs a la même profondeur psychologique que les romans de Marie-Aude Murail que j’affectionne tant.

J’ai aussi beaucoup aimé le trait de Cati Baur qui sait dessiner les femmes avec beaucoup de grâce et d’élégance : le détail d’une coiffure, d’une démarche… Son roman graphique Vacance ( l’histoire d’une mère de famille qui plaque toute sa vie sur une aire d’autoroute pour mener grand train sur la Riviera) .

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Je pense sérieusement à me constituer une belle Pile à Lire spéciale romans graphiques parce que c’est mon plaisir, encore plus qu’un roman. C’est beaucoup plus qu’un simple album de BD ou un roman.

Dommage que leur prix d’achat soit assez élevé et heureusement que les bibliothécaires de la Ville de Paris font un vrai travail de sélection et de prescription pour qu’on puisse les trouver facilement dans les bacs.

Voici un petit aperçu de mes romans graphiques favoris. Et vous quels sont les vôtres?.

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