Deux moi de Klapisch filme comment reconnecter aux autres en déconnectant des écrans

D’habitude, je me déplace au cinéma pour un film de Cédric Klapisch parce que je suis une fidèle de son cinéma. J’avais repéré Deux moi que je comptais aller voir pour son couple d’acteurs talentueux mais le sujet m’a lassée.

Cela me barbe ces trentenaires blasés de l’amour qui multiplient les conquêtes comme des commandes en ligne et qui se rendent malheureux en se montrant bien bien individualistes.

Copyright Emmanuelle Jacobson-Roques – Ce qui me meut

Finalement, j’ai regardé ce film en dvd, emprunté à ma fabuleuse médiathèque municipale, en ces temps confinés. Je pense que c’était écrit parce que je n’ai pas ressenti le film de la même manière que si je l’avais vu en 2018, dans notre vie d’avant. La pandémie a accentué ma compassion pour ces personnes seules qui morflent dans leur coin, quelque soit leur âge.

Le titre du film est très efficace car les relations amoureuses ne sont pas le sujet principal du film comme on s’y attendait. C’est un film qui traite de la dépression et comment la guérir par la psychothérapie. Il raconte l’histoire de deux solitudes dans Paris à l’heure des réseaux sociaux.

Ce film est un chef d’œuvre moi qui aime tant la finesse des portraits psychologiques en littérature et au cinéma. Autant L’auberge espagnole était un film agréable et divertissant sur un sujet de société générationnel : les voyages d’études Erasmus à l’étranger. Autant Deux moi dénonce une époque dure où être heureux est obligatoire.

Comme l’analyse Cédric Klapisch, on valorise les smileys, les romans et les films feel good dans une société hyper connectée mais les réseaux sociaux fragilisent le lien social.

Copyright STUDIOCANAL/Emmanuelle Jacobson-Roques. Ce qui me meut.

Deux moi, hommage à la psychothérapie, métier de la mère du réalisateur

Les deux acteurs du film sont fort talentueux pour jouer ces rôles très intérieurs. Pas facile d’exprimer la mélancolie ou la dépression à l’écran.

Les dialogues dans le cadre de leurs deux psychothérapies croisées sont vraiment au cœur du sujet de ce film : qu’est ce qui les lie les gens aujourd’hui dans la société? Cela veut dire quoi faire une vraie rencontre?. Le réalisateur s’est associé à son ami d’enfance Santiago Amigorena pour écrire le scénario. Il est aussi fils de psy.

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Deux trentenaires mélancoliques interprétés par deux acteurs qui montent

François Civil m’a épatée dans son rôle de Rémy, un trentenaire qui travaille dans un grand entrepôt type Amazon. Son travail le stresse au point d’en perdre le sommeil et que son corps le lâche dans le métro. Il commence alors une thérapie avec un psychologue qui exerce dans un milieu hospitalier avec François Berléand.

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On est habitué à voir souvent râler ce grand acteur de théâtre, c’est même limite ce que l’on attend de lui. Il est formidable dans ce rôle à contre-emploi tout en bienveillance et en émotions à l’approche de sa retraite. C’est lui qui va aider Rémy à dénouer un évènement très traumatisant de son enfance pour pouvoir faire son deuil.

Les scènes dans sa famille à la montagne sont vraiment très justes, elles expriment le malaise et la pesanteur de se sentir de trop alors que ses frères et sœurs ont déjà fondé leur propre famille. Les scènes où il comble sa solitude en adoptant un chat blanc qu’il appelle Nugget m’ont vraiment attendrie.

Ana Girardot joue Mélanie, une chercheuse très timide et peu sûre d’elle même. Elle est fragilisée par une rupture amoureuse survenue il y a un an qu’elle raconte à sa psychologue, Camille Cottin. Elle a constamment envie de dormir et multiplie les conquêtes amoureuses en s’inscrivant sur un site de rencontres, encouragée par ses copines très cyniques et désabusées.

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Sa sœur Capucine l’épaule le jour où elle doit présenter le résultat de ses recherches devant une trentaine de personnes.

Cédric Klapisch filme cette scène avec talent, le spectateur se sent emporté par une sorte de communion d’empathie avec la salle quand cette jeune femme réussit ce défi et reprend confiance en elle.

C’est un crève-cœur de la voir déprimer dans sa baignoire et sa salle de bain rose bonbon.

Un portrait simple mais efficace de Paris au quotidien

Cédric Klapisch est de longue date le cinéaste du Paris contemporain. Il a posé son décor dans le nouveau Paris entre le 18eme et le 19eme arrondissement dans la Goutte d’or pas encore bobo. Les plans qui montrent Montmartre au coucher du soleil, ses voies ferrés reflètent une esthétique cinématographique qui lui est personnelle.

On reconnait sa touche à ces plans je trouve. C’est du grand cinéma, cela explique son grand succès populaire, comme Jean-Pierre Jeunet ou Eric Toledano et Olivier Nakache dans le genre de la comédie.

La chaleur humaine, une denrée rare disponible dans une épicerie de la Goutte d’or

Simon Abkarian occupe un rôle secondaire, celui de Mansour l’épicier de quartier de la Goutte d’or. Pourtant, c’est lui qui crée du lien avec ces deux jeunes un peu perdus dans leur mélancolie. Il les considère individuellement et ça les touche, ils essayent de faire des progrès de sociabilisation à son contact.

Copyright Emmanuelle Jacobson-Roques – Ce qui me meut

C’est un véritable auxiliaire de vie sociale qui prend le relais de leurs thérapeutes respectifs et il va les aider à tomber l’armure dans la scène finale du film. Je vous laisse découvrir comment.

Il y a bien longtemps que je n’avais pas attribué cinq sardines, la palme d’or du blog à un film sentimental français. Cela me change des désillusions en série bien cyniques que l’on voit dans la série Plan cœur de Netflix par exemple.

Ce film m’a encouragée à écrire mon prochain article alors que j’étais tout près d’abandonner. Dans ce prochain article, je vous raconterai pourquoi j’ai été déçue par la série En thérapie sur Arte.

Retrouvez ici les précédents articles du blog :

Thérapie de groupe, une chronique de la série Sauveur et fils de Marie-Aude Murail, éditions Ecole des loisirs

Le canal de Suez, lieu cosmopolite, source d’inspiration pour les arts

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